Dans la vallée de Lyambo, au quartier Kalemire, dans la ville de Butembo (Nord-Kivu), une tragédie silencieuse se joue depuis plus de trois ans. Ce n’est ni une guerre ni une épidémie, mais une catastrophe environnementale qui, à petit feu, détruit maisons, espoirs et vies. Alors que 61 parcelles ont déjà été englouties par un glissement de terrain mal compris et mal géré, les cris d’alerte des habitants restent sans réponse. Ignorée des autorités et négligée par les partenaires humanitaires, l’érosion à Kalemire révèle une double vulnérabilité : environnementale et institutionnelle.
Une érosion lente… mais un effondrement brutal
Tout a commencé par ce qui semblait n’être qu’un léger ruissellement du ruisseau Kavisire. Mais ce filet d’eau a fini par creuser la colline, provoquant une érosion d’ampleur dramatique. Kahindo Visiri Isaac, chef du quartier Kalemire, décrit avec amertume : « Ce lotissement date de 1984. Personne ne s’attendait à voir la colline s’effondrer comme ça. Des maisons entières ont disparu. »
D’après lui, 61 parcelles sont déjà perdues sur près de quatre hectares. Un notable agronome, dont la maison a été détruite, est décédé peu après « de chagrin », selon ses proches. La plupart des victimes sont devenues forcement des locataires sans ressources pour se taper de nouveau d’autres propriétés foncières. Aucun avertissement officiel, aucune interdiction de construire n’a jamais été émise pour cette zone devenue meurtrière.
Une crise que personne ne veut nommer
Trois ans après les premiers signes, aucune autorité municipale, provinciale ou nationale ne s’est déplacée sur les lieux pour une évaluation ou une prise de décision. « Aucune mission, aucune assistance, même pas un mot d’encouragement aux survivants de cette érosion », déplore le chef de quartier.
Pourtant, les sinistrés viennent régulièrement aux bureaux administratifs, demandant : « Que faisons-nous maintenant ? » Face à leur désespoir, seules des réponses vagues sont données. Pendant ce temps, d’autres groupes vulnérables, notamment : « les déplacés des conflits armés » reçoivent des aides ciblées, accentuant un sentiment d’injustice chez les sinistrés de Kalemire. « Nous compatissons à la souffrance des déplacés, mais nous aussi nous vivons un drame ! », ajoute Kahindo Visiri Isaac. La situation révèle une profonde lacune dans la prise en charge des catastrophes naturelles et une violation manifeste du droit à l’assistance et au logement.
Un combat communautaire sans moyens
Face à l’inaction des autorités, la population tente tant bien que mal de réagir. Des arbres antiérosifs, des bambous et d’autres espèces végétales ont été plantés pour ralentir la dégradation. Mais sans appui technique ni matériel, ces efforts restent dérisoires. « Là où nous sommes, il y avait des maisons. Aujourd’hui, il n’y a plus rien », témoigne, résigné, le chef du quartier.
Contacté à ce sujet, César Mathumo, responsable de la Protection civile à Butembo, apporte une autre lecture de la situation : « Ce n’est pas une simple érosion. Il s’agit d’un glissement de terrain qui a commencé en 2018 avec des fissures profondes. »
Il affirme que des descentes sur le terrain ont été réalisées, et que des rapports ont été transmis à la hiérarchie municipale. Toutefois, selon lui, les partenaires humanitaires s’intéressent peu aux risques naturels. Il insiste sur la nécessité d’une étude hydrogéologique complète pour identifier les causes et déterminer les solutions viables. « L’important aujourd’hui, c’est d’identifier les causes et de mettre en œuvre des activités de réduction des risques », conclut-il.
Sauver Kalemire, c’est prévenir d’autres drames
Aujourd’hui, les habitants de Kalemire lancent un appel à tous les niveaux : députés provinciaux, autorités nationales, ONG spécialisées, agences humanitaires, et universitaires. Car au-delà de leur quartier, c’est toute une ville et même une province qui peuvent être touchées par des phénomènes similaires.
Poursuivant, César Mathumo, confirme que Kalemire n’est pas un cas isolé : « Plus de 15 sites à risque existent à Butembo. Il faut une stratégie de stabilisation des sols à l’échelle urbaine. » Le cas de Kalemire est donc un signal d’alarme. Il appelle à des actions concrètes :Une étude géotechnique approfondie ;Un plan de relogement d’urgence pour les victimes ;Des campagnes de sensibilisation ;Et une stratégie de réduction des risques durables.
Sans une volonté politique claire, ces familles resteront abandonnées, et d’autres tragédies suivront. Kalemire ne doit pas devenir un nouveau symbole de l’oubli et de l’indifférence.
Redonner espoir avant qu’il ne soit trop tard
Ce qui se passe à Kalemire n’est ni une fatalité ni une surprise. C’est la conséquence directe d’un manque de prévention, de coordination et de considération pour les populations vulnérables face aux risques naturels. Le quartier Kalemire est aujourd’hui un cratère béant non seulement dans le sol, mais aussi dans la conscience collective. Si les autorités, les scientifiques et les humanitaires n’agissent pas maintenant, d’autres collines s’effondreront, d’autres familles dormiront dehors, et d’autres citoyens mourront en silence.
Du 22 au 25 avril 2025, sept agents du Forum de Paix ont suivi une formation stratégique pour le renforcement des compétences. Elle portait sur la collecte des données en utilisant https://kf.kobotoolbox.org/. À travers cet apprentissage, le Forum de Paix initie une transition vers des méthodes plus structurées. L’objectif est de rendre les actions plus efficaces, surtout dans une zone aussi instable que Beni.
Dans les zones touchées par les conflits, des données fiables sont indispensables pour intervenir efficacement. Jusqu’à récemment, les équipes utilisaient encore des formulaires papier, lents et sujets aux erreurs. « Les supervisions étaient longues, les rapports souvent incohérents », déclare Sylvie Mwiru, responsable du suivi-évaluation au Forum de Paix. c’est pourquoi L’adoption d’un outil numérique permettra désormais le Renforcement des compétences : le Forum de Paix mise sur KoboToolbox pour optimiser sa collecte de données une saisie directe, même sans connexion internet.
Une formation axée sur la pratique
Pendant quatre jours, les participants ont appris à concevoir des formulaires et à collecter des données. La formation, dirigée par l’ingénieur Anil Prince Tumba, s’est basée sur des exercices pratiques et des cas concrets. Les agents ont simulé des enquêtes sur des thèmes liés à la paix et à la cohésion sociale.
Un changement de culture interne
Les retours montrent un changement profond dans la façon d’organiser les missions de terrain. « Je peux désormais adapter mes outils à chaque activité », explique Sylvie Mwiru, avec satisfaction. Olivier Syasemba, chargé du monitoring, note un gain de temps et une rigueur accrue. Selon lui, l’analyse rapide des données renforcera la transparence et la gestion rationnelle du temps.
Pour Maître Justin Matete coordonnateur du Forum de Paix, cette formation marque une étape importante vers plus de professionnalisme. « Nos décisions doivent s’appuyer sur des faits. Cette rigueur s’inscrit dans une volonté de jouer un rôle stratégique dans la stabilisation de Beni. Avec des données solides, l’organisation peut mieux cibler ses actions et dialoguer avec ses partenaires.
Un investissement à long terme avec ces Renforcement des compétences
Le Forum de Paix ne veut pas s’arrêter à cette première formation. Des séances de renforcement sont déjà prévues pour les agents et les Comités Locaux de Protection. Maître Matete insiste sur l’importance d’outiller les acteurs de terrain avec des compétences numériques. Selon lui, cela permet de mieux documenter les actions et de renforcer l’impact global.
Une impulsion nouvelle
Le Forum de Paix entame une transformation : passer de pratiques informelles à des approches factuelles. L’intégration de la collecte numérique permet une meilleure adaptation aux réalités du terrain. Les décisions pourront être prises plus rapidement, avec plus de précision et d’efficacité. Cette évolution n’est pas que technique ; elle traduit aussi une volonté politique forte. L’organisation veut fonder ses actions sur des données fiables, utiles et partageables. C’est un véritable pari sur l’avenir : pour une paix durable, mieux documentée et concertée.
Le Forum de Paix, une plateforme regroupant seize organisations engagées dans la promotion de la paix et du développement, a organisé un atelier de formation couplé à son Assemblée Générale, les 21 et 22 février 2025, à Béni. Cet événement a réuni des acteurs locaux afin de renforcer leurs compétences en élaboration, gestion, suivi et évaluation de projets, éléments clés pour la réussite des initiatives de développement.
Renforcement des capacités en gestion de projets
La première partie de la formation, a porté sur les fondamentaux de la gestion de projet. Les participants ont approfondi des notions essentielles telles que : Les étapes de l’élaboration d’un projet : identification du problème, définition des objectifs, planification des ressources et mise en place d’un suivi et évaluation rigoureux. La théorie du changement, soulignant l’importance de structurer les actions en fonction de l’impact recherché. Le rôle du chef de projet, qui doit assurer une coordination efficace, anticiper les risques et mobiliser les ressources nécessaires. Les causes d’échec des projets, notamment le manque de ressources, la mauvaise communication, le faible soutien des sponsors et l’absence d’outils adéquats. Les échanges d’expériences entre participants ont permis d’illustrer ces notions avec des cas concrets, renforçant ainsi leur compréhension et leur appropriation.
Suivi et évaluation des projets : un levier d’impact
Dans la seconde partie de la formation, l’équipe de facilitation a abordé l’importance du suivi et de l’évaluation, deux piliers essentiels pour garantir l’efficacité des projets. Les points abordés incluaient : Les différences entre suivi et évaluation, le premier étant un processus continu d’observation, tandis que le second vise à mesurer l’impact et la pertinence des actions menées. Le cadre logique, un outil de pilotage permettant de structurer les objectifs, les résultats attendus et les indicateurs de performance. L’élaboration d’un plan de suivi et évaluation, avec une méthodologie adaptée aux réalités du terrain. Une discussion a révélé que plusieurs organisations présentes ne disposaient pas de personnel dédié au suivi et évaluation, mettant en lumière un besoin urgent de renforcement dans ce domaine.
Travaux de groupe : une approche participative
Afin d’ancrer les apprentissages, les participants ont travaillé en groupes sur des études de cas. Ces exercices ont favorisé l’interaction, le partage de bonnes pratiques et la recherche de solutions adaptées aux défis rencontrés sur le terrain.
Assemblée Générale : bilan et perspectives du Forum de Paix
En marge de la formation, l’Assemblée Générale du Forum de Paix a permis de faire le point sur ses actions et de fixer des orientations pour l’avenir. M. Justin Matete, Coordonnateur du Forum, a présenté le bilan des activités menées et les défis rencontrés. Il a aussi mis en avant la nécessité de renforcer les capacités des organisations membres et d’améliorer le suivi des projets.
Un engagement fort des participants pour des formations futures
Les participants ont exprimé une grande satisfaction, affirmant leur volonté d’appliquer les connaissances acquises dans leurs activités quotidiennes. Ils ont également plaidé pour que le Forum de Paix multiplie ce type de formation, afin de les rendre encore plus efficaces dans la gestion de leurs projets. Avec une trentaine de participants engagés, cet atelier marque une avancée significative pour la structuration et l’efficacité des initiatives locales, contribuant ainsi à un développement plus durable à Béni et au-delà.
Pour plus d’information suivez en audio Visuel les témoignages
Du 20 au 22 août 2024, le Forum de Paix, en collaboration avec Peace Direct basé à Londres et le RISD de Bukavu, a organisé deux événements majeurs : l’atelier RAP (Recherche-Action-Participative) et l’atelier de dissémination du rapport d’analyse localisée des conflits à Beni.
L’atelier RAP, qui s’est tenu du 20 au 21 août, s’inscrit dans le cadre du projet « Pamoja kwa Amani ya Beni ». Ce projet vise à renforcer la collaboration locale pour améliorer la prévention des conflits et la consolidation de la paix à Beni. M. Papy Kasereka, assistant de recherche au Forum de Paix et facilitateur de l’atelier, a présenté les objectifs de la session, recueilli les attentes et les préoccupations des participants, puis a ouvert le débat. Une trentaine de personnes, dont des membres des Comités Locaux de Protection, des autorités locales, des jeunes issus de divers groupes de pression, des mouvements citoyens et quelques représentants de la MONUSCO, ont activement participé.
Il a été constaté que les Comités Locaux de Protection, composant les réseaux d’alerte précoce du Forum de Paix, jouent un rôle crucial dans le succès du projet. Ils ont partagé leurs expériences sur la coordination des actions et la collaboration entre les acteurs impliqués dans la prévention des atrocités à Beni. Les discussions ont également permis d’élaborer des mécanismes pour pérenniser les acquis du projet au-delà des financements. Les travaux de groupe ont présenté en détail les activités clés et les résultats du projet « Pamoja kwa Amani ya Beni » depuis son lancement.
À la fin de l’atelier, le représentant du bourgmestre de la commune de Ruwenzori a salué cette initiative et a promis le soutien de son entité pour la réussite des initiatives visant à rapprocher les dirigeants des citoyens.
Dissémination du Rapport d’Analyse Localisée des Conflits
Le 22 août, le Forum de Paix et le RISD ont présenté le rapport d’analyse localisée des conflits à Beni devant environ soixante-dix personnes, incluant journalistes, autorités coutumières, politico-administratives et religieuses, représentants des services des titres immobiliers et du cadastre, acteurs politiques, groupes de pression et mouvements citoyens.
Le rapport aborde les principaux conflits identifiés dans la région, tels que :
Conflits liés aux violences sexuelles
Conflits ethno-régionaux
Conflits liés à l’accès aux ressources naturelles
Conflits liés aux déplacements forcés de populations
Conflits conjoncturels et saisonniers
Autres types de conflits
Il propose plusieurs solutions, notamment :
Collaboration entre militaires et civils
Dialogues communautaires et forums pour la paix
Opportunités d’emploi rémunérateur pour les jeunes et bien d’autres propositions..
Les participants ont posé des questions, proposé des amendements et formulé des recommandations pour enrichir le rapport. Parmi eux, Mwami Achu Taibo Alphonse, chef du village Bapakombe-Bakondo, a félicité l’équipe de recherche pour son identification des principaux problèmes et la collaboration avec les acteurs locaux. Maître Philemon Ndambi wa Ndambi, un acteur politique de la région, a qualifié l’atelier de fructueux et a reconnu que les échanges ont approfondi sa compréhension des conflits et des stratégies de gestion.
Ces contributions visent à affiner la compréhension des réalités de Beni et à améliorer les stratégies de gestion des conflits. Les deux ateliers témoignent de l’engagement continu du Forum de Paix et de ses partenaires en faveur de la paix et de la cohésion sociale à Beni, tout en illustrant la participation active des communautés locales et des parties prenantes dans la recherche de solutions durables aux défis rencontrés.