Le Forum de Paix outille ses membres à BENI: Un atelier de formation couplé à l’Assemblée Générale

Le Forum de Paix outille ses membres à BENI: Un atelier de formation couplé à l’Assemblée Générale

Le Forum de Paix, une plateforme regroupant seize organisations engagées dans
la promotion de la paix et du développement, a organisé un atelier de formation
couplé à son Assemblée Générale, les 21 et 22 février 2025, à Béni. Cet événement
a réuni des acteurs locaux afin de renforcer leurs compétences en élaboration,
gestion, suivi et évaluation de projets, éléments clés pour la réussite des initiatives
de développement.

Renforcement des capacités en gestion de projets

La première partie de la formation, a porté sur les fondamentaux de la gestion de
projet. Les participants ont approfondi des notions essentielles telles que :
Les étapes de l’élaboration d’un projet : identification du problème, définition des
objectifs, planification des ressources et mise en place d’un suivi et évaluation
rigoureux. La théorie du changement, soulignant l’importance de structurer les
actions en fonction de l’impact recherché. Le rôle du chef de projet, qui doit
assurer une coordination efficace, anticiper les risques et mobiliser les ressources
nécessaires. Les causes d’échec des projets, notamment le manque de ressources,
la mauvaise communication, le faible soutien des sponsors et l’absence d’outils
adéquats. Les échanges d’expériences entre participants ont permis d’illustrer ces
notions avec des cas concrets, renforçant ainsi leur compréhension et leur
appropriation.

Suivi et évaluation des projets : un levier d’impact

Dans la seconde partie de la formation, l’équipe de facilitation a abordé
l’importance du suivi et de l’évaluation, deux piliers essentiels pour garantir
l’efficacité des projets. Les points abordés incluaient :
Les différences entre suivi et évaluation, le premier étant un processus continu
d’observation, tandis que le second vise à mesurer l’impact et la pertinence des
actions menées. Le cadre logique, un outil de pilotage permettant de structurer les
objectifs, les résultats attendus et les indicateurs de performance. L’élaboration
d’un plan de suivi et évaluation, avec une méthodologie adaptée aux réalités du
terrain. Une discussion a révélé que plusieurs organisations présentes ne
disposaient pas de personnel dédié au suivi et évaluation, mettant en lumière un
besoin urgent de renforcement dans ce domaine.

Travaux de groupe : une approche participative

Afin d’ancrer les apprentissages, les participants ont travaillé en groupes sur des
études de cas. Ces exercices ont favorisé l’interaction, le partage de bonnes
pratiques et la recherche de solutions adaptées aux défis rencontrés sur le terrain.

Assemblée Générale : bilan et perspectives du Forum de Paix

En marge de la formation, l’Assemblée Générale du Forum de Paix a permis de
faire le point sur ses actions et de fixer des orientations pour l’avenir. M. Justin
Matete, Coordonnateur du Forum, a présenté le bilan des activités menées et les
défis rencontrés. Il a aussi mis en avant la nécessité de renforcer les capacités des
organisations membres et d’améliorer le suivi des projets.

Un engagement fort des participants pour des formations futures

Les participants ont exprimé une grande satisfaction, affirmant leur volonté
d’appliquer les connaissances acquises dans leurs activités quotidiennes. Ils ont
également plaidé pour que le Forum de Paix multiplie ce type de formation, afin de
les rendre encore plus efficaces dans la gestion de leurs projets. Avec une trentaine
de participants engagés, cet atelier marque une avancée significative pour la
structuration et l’efficacité des initiatives locales, contribuant ainsi à un
développement plus durable à Béni et au-delà.

Pour plus d’information suivez en audio Visuel les témoignages

Beni face à une insécurité persistante, état des lieux et perspectives de réponse

Beni face à une insécurité persistante, état des lieux et perspectives de réponse

Beni insécurité et le territoire de Beni continuent d’être le théâtre d’une insécurité grandissante, marquée par des attaques meurtrières, des vols à main armée et des incursions nocturnes d’individus armés. Malgré des efforts des autorités et des forces de défense, les populations civiles restent exposées à des violences qui freinent la reprise économique et sociale. Dans son rapport de monitoring annuel d’incidents sécuritaire, le Forum de Paix met en lumière la détérioration du climat sécuritaire, les défis rencontrés et les réponses apportées pour tenter d’endiguer cette crise.

Un contexte sécuritaire toujours préoccupant à Beni insécurité

Depuis octobre 2024, une recrudescence des attaques des Allié Democratic Forces (ADF) a plongé la région de Beni dans un climat de peur et d’instabilité. Après une période d’accalmie, ces nouvelles incursions ont entraîné des déplacements massifs de populations, particulièrement dans les zones rurales où les habitants avaient commencé à regagner leurs champs.

L’un des événements les plus marquants reste le massacre d’une vingtaine des civils en l’espace de deux semaines en décembre 2024. Les attaques ont frappé notamment la ville de Beni, commune rurale de Mangina, commune rurale d’Oicha, le secteur de Beni-Mbau, et le secteur de Ruwenzori provoquant la fuite de nombreux habitants. Les conséquences sont lourdes : destruction de biens, paralysie du commerce local et insécurité alimentaire croissante.

Les routes ne sont pas épargnées : entre octobre et décembre 2024, huit embuscades ont été signalées sur les axes routiers, notamment sur la route Eringeti-Kainama. Lors de ces incidents, 31 victimes ont été recensées, dont 26 personnes tuées.

À ces violences armées s’ajoutent les cambriolages nocturnes en ville, menés par des bandits armés. Cette insécurité urbaine aggrave le sentiment de vulnérabilité de la population, déjà sous pression.

Une réponse militaire et administrative en quête d’efficacité

Face à cette situation, les autorités locales ont annoncé des mesures sévères contre les auteurs de crimes. Le maire de Beni, le Colonel Nyofondo-Té-Kodal, a déclaré que toute personne arrêtée en flagrant délit – qu’elle soit militaire, policière ou civile – sera immédiatement jugée et transférée à la prison de Kangbayi.

Par ailleurs, l’armée congolaise affirme maintenir la pression sur les ADF, soulignant que ces derniers tentent de regagner leurs anciennes positions. Le porte-parole de l’armée à Beni, le Lieutenant-Colonel Mak Azukay, a lancé un appel à la vigilance, assurant que des efforts sont en cours pour contenir la menace.

Cependant, l’efficacité de ces réponses reste limitée face à l’ampleur de la crise. Sur 300 incidents documentés, seulement 99 ont fait l’objet d’une réponse officielle. Cela signifie que 67 % des incidents signalés n’ont pas abouti à une action concrète des autorités, laissant de nombreuses victimes dans l’attente de justice.

Un lourd bilan humain et matériel

L’analyse des données du Forum de Paix révèle l’ampleur des violences à Beni :

1 555 victimes au total, dont 484 morts.

269 civils massacrés, incluant 15 enfants.

47 cas de vols à main armée, causant 156 victimes et 8 morts.

61 attaques d’infrastructures (écoles, hôpitaux, maisons de commerce et d’habitation), faisant 142 victimes. 12 cas de justice populaire, traduisant la méfiance croissante de la population envers les institutions judiciaires

Les principaux responsables identifiés incluent :

Les ADF, impliqués dans 62 incidents.

Les bandits armés, auteurs de 33 attaques.

Certains éléments des Forces armées de la RDC (FARDC) et de la Police nationale congolaise (PNC), accusés de violations des droits humains.

Le tableau des incidents montre que les attaques ciblant les infrastructures médicales, scolaires et économiques représentent 20,33 % des actes de violence, suivies par les vols à main armée (15,66 %) et les assassinats (10,33 %).

Les entraves à la documentation et aux interventions

Le rapport de monitoring annuel des incidents sécuritaires, 2024 du Forum de Paix, met également en lumière les difficultés rencontrées pour recueillir des informations fiables sur le terrain. Les Comités Locaux de Protection (CLP), qui documentent les violations des droits humains, ont été confrontés à plusieurs obstacles :

L’accès restreint aux zones à haut risque, limitant la couverture des incidents. Le manque de ressources financières pour mener des enquêtes approfondies. La peur des représailles de la part des groupes armés ou de certaines forces de sécurité. Ces entraves expliquent pourquoi certaines violations graves n’ont pas pu être vérifiées ni incluses dans le rapport, ce qui suggère que la situation pourrait être encore plus alarmante que les chiffres ne l’indiquent.

Vers une amélioration de la situation de Beni insécurité ?

Si des mesures ont été prises pour contenir l’insécurité à Beni, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir une meilleure protection des civils et un suivi efficace des incidents. Ainsi le Forum de Paix a recommandé :

Au commandant des opérations Sokol 1 :

  • D’organiser des patrouilles de combat et nocturne en Ville et Territoire de Beni afin de dissuader l’activisme des ADF ;
  • Contrôler de manière régulière les armes à feu et munitions de guerre en possession des militaires qui habitent dans des quartiers avec les populations.

Au chef d’Etat-major Général des FARDC :

  • D’affecter des nouvelles unités récemment formées en territoire de Beni, afin de prêter main forte aux unités qui combattent les ADF dans la région ;
  • D’améliorer les conditions de vie des militaires dans la région de Beni, car ils sont souvent accusés dans des différents cas des violations des droit Humains et vols à mains armées ;

À la force combattante de la Monusco :

  • De placer des positions militaires(FIB) en profondeur dans le territoire de Beni afin de protéger les populations civiles à risques d’attaques des groupes armés notamment dans le secteur de Beni-Mbau, le groupement Basongora en Secteur de Ruwenzori ainsi que le groupement Malio dans la chefferie des Bashu.

À la population civile :

  • De s’abstenir à la pratique de justice populaire ;
  • De continuer à collaborer avec les services de sécurité et les autorités étatiques de base !crédibles.

Le rapport du Forum de Paix met en exergue une situation sécuritaire dégradée à Beni, où les attaques des ADF et les violences urbaines continuent de semer la terreur. Malgré des réponses des autorités, la majorité des incidents restent impunis, fragilisant encore davantage la confiance des populations.

Pour espérer un retour à la stabilité, une approche intégrée et coordonnée entre l’État, les forces de sécurité, la société civile et les partenaires internationaux est essentielle. L’avenir de Beni dépendra de la capacité des acteurs impliqués à mettre en œuvre des solutions durables et adaptées aux réalités du terrain.

Le contexte de Beni reste alarmant, et l’inaction ne ferait qu’aggraver la situation. Il est impératif que les engagements pris par les autorités lors des prises de leurs fonctions, se traduisent en actions concrètes, afin de restaurer un climat de paix et de permettre à la population de retrouver une vie normale. Cliquez dans le lien ci-dessous pour la lecture intégrale du rapport de monitoring annuel des incidents sécuritaires, 2024 du Forum de Paix!!!