Bulambo : Vers une cohabitation pacifique entre acteurs sécuritaires et civils

Bulambo : Vers une cohabitation pacifique entre acteurs sécuritaires et civils

La région d’Isale-Bulambo, dans la chefferie des Bashu (territoire de Beni, Nord-Kivu), subit une forte pression sécuritaire. Cette pression découle de la présence simultanée des FARDC, de la Police nationale congolaise (PNC) et des groupes Wazalendo. Elle inclut aussi plusieurs groupes de pression et structures communautaires.La création d’un cadre de concertation civilo-militaire est intervenue à l’issue d’un dialogue de paix pour une cohabitation pacifique.

Une réponse au climat de méfiance sécuritaire à Isale-Bulambo

L’absence de coordination claire entre ces acteurs crée des tensions, des incidents et des abus graves.

Ces dysfonctionnements entraînent le chevauchement des rôles, des arrestations abusives et parfois le recrutement d’enfants soldats.

C’est dans ce climat fragile que le Comité Local de Protection (CLP) de Bulambo, avec le Forum de Paix, a organisé un dialogue communautaire le 3 octobre 2025.

La rencontre, tenue à la salle polyvalente La Récréation d’Isale-Bulambo, visait à restaurer la confiance entre civils et forces de sécurité.

L’objectif principal était de clarifier les rôles de chaque acteur et d’instaurer un cadre de concertation permanent pour une cohabitation pacifique.

Un cadre inclusif de dialogue pour clarifier les rôles et bâtir la confiance

Sous la modération du Forum de Paix, la rencontre a réuni 30 participants représentant tous les secteurs.

Les FARDC et la PNC étaient, les Wazalendo, les groupes de pression, la société civile.

Les autorités coutumières, les jeunes et les femmes ont aussi pris part aux échanges.

Le notable de Kivuno a ouvert la séance, représentant le chef de groupement.

Maître Serge Kavula du Forum de Paix a ensuite présenté le contexte sécuritaire.

Les participants ont validé le diagnostic et travaillé en petits groupes de réflexion.

Les discussions ont brisé les silos entre forces de sécurité et population.

Un langage commun s’est établi, fondé sur le respect mutuel et la volonté de paix.

Prises de parole des forces en présence : rôles, défis et perspectives pour la cohabitation pacifique

Chaque acteur a exposé ses missions, défis et propositions pour une cohabitation apaisée.

Le commandant de la Police de Bulambo, Muhindo Kamabu Alexis, a rappelé son rôle de maintien de l’ordre.

Il a évoqué le manque de dénonciation, l’ingérence des autorités locales et le déficit logistique.

Il recommande une sensibilisation accrue et une collaboration renforcée avec la population.

Les FARDC ont réaffirmé leur mission : protéger la population et l’intégrité du territoire.

Elles dénoncent la circulation d’armes illicites et demandent la clarification de leurs rapports avec les Wazalendo.

Ces derniers, représentés par Kambale Ngendo, revendiquent leur rôle patriotique et dénoncent leur instrumentalisation politique.

Ils réclament une reconnaissance officielle et un appui de l’État.

L’ANR a rappelé son rôle d’écoute et de prévention des menaces.

Elle regrette le manque de collaboration de la population et demande des moyens logistiques adéquats.

Recommandations concrètes et création d’un cadre de concertation civilo-militaire

Les travaux de groupe ont produit plusieurs recommandations clés.

Chaque service de sécurité doit s’autoévaluer pour renforcer la paix.

Les interventions doivent suivre une approche collective et consultative.

La société civile doit servir de pont entre la population et les Wazalendo.

Les abus doivent être dénoncés légalement, sans recours à la justice populaire.

Le point culminant fut la création du cadre de concertation civilo-militaire d’Isale-Bulambo.

Ce cadre regroupe le Comité Local de Pprotection, la Croix-Rouge locale, la Cellule de paix et développement et les jeunes.

M. Kakule Ndaliko Syahombire a été élu président de cette structure de coordination.

Elle aura pour mission de maintenir le dialogue, prévenir les tensions et coordonner les réponses locales.

Cette initiative locale marque un pas vers une paix durable à Beni.

Elle démontre que la stabilité peut venir des communautés, quand elles dialoguent et coopèrent.

Alphonse Vikongo

Beni face à une insécurité persistante, état des lieux et perspectives de réponse

Beni face à une insécurité persistante, état des lieux et perspectives de réponse

Beni insécurité et le territoire de Beni continuent d’être le théâtre d’une insécurité grandissante, marquée par des attaques meurtrières, des vols à main armée et des incursions nocturnes d’individus armés. Malgré des efforts des autorités et des forces de défense, les populations civiles restent exposées à des violences qui freinent la reprise économique et sociale. Dans son rapport de monitoring annuel d’incidents sécuritaire, le Forum de Paix met en lumière la détérioration du climat sécuritaire, les défis rencontrés et les réponses apportées pour tenter d’endiguer cette crise.

Un contexte sécuritaire toujours préoccupant à Beni insécurité

Depuis octobre 2024, une recrudescence des attaques des Allié Democratic Forces (ADF) a plongé la région de Beni dans un climat de peur et d’instabilité. Après une période d’accalmie, ces nouvelles incursions ont entraîné des déplacements massifs de populations, particulièrement dans les zones rurales où les habitants avaient commencé à regagner leurs champs.

L’un des événements les plus marquants reste le massacre d’une vingtaine des civils en l’espace de deux semaines en décembre 2024. Les attaques ont frappé notamment la ville de Beni, commune rurale de Mangina, commune rurale d’Oicha, le secteur de Beni-Mbau, et le secteur de Ruwenzori provoquant la fuite de nombreux habitants. Les conséquences sont lourdes : destruction de biens, paralysie du commerce local et insécurité alimentaire croissante.

Les routes ne sont pas épargnées : entre octobre et décembre 2024, huit embuscades ont été signalées sur les axes routiers, notamment sur la route Eringeti-Kainama. Lors de ces incidents, 31 victimes ont été recensées, dont 26 personnes tuées.

À ces violences armées s’ajoutent les cambriolages nocturnes en ville, menés par des bandits armés. Cette insécurité urbaine aggrave le sentiment de vulnérabilité de la population, déjà sous pression.

Une réponse militaire et administrative en quête d’efficacité

Face à cette situation, les autorités locales ont annoncé des mesures sévères contre les auteurs de crimes. Le maire de Beni, le Colonel Nyofondo-Té-Kodal, a déclaré que toute personne arrêtée en flagrant délit – qu’elle soit militaire, policière ou civile – sera immédiatement jugée et transférée à la prison de Kangbayi.

Par ailleurs, l’armée congolaise affirme maintenir la pression sur les ADF, soulignant que ces derniers tentent de regagner leurs anciennes positions. Le porte-parole de l’armée à Beni, le Lieutenant-Colonel Mak Azukay, a lancé un appel à la vigilance, assurant que des efforts sont en cours pour contenir la menace.

Cependant, l’efficacité de ces réponses reste limitée face à l’ampleur de la crise. Sur 300 incidents documentés, seulement 99 ont fait l’objet d’une réponse officielle. Cela signifie que 67 % des incidents signalés n’ont pas abouti à une action concrète des autorités, laissant de nombreuses victimes dans l’attente de justice.

Un lourd bilan humain et matériel

L’analyse des données du Forum de Paix révèle l’ampleur des violences à Beni :

1 555 victimes au total, dont 484 morts.

269 civils massacrés, incluant 15 enfants.

47 cas de vols à main armée, causant 156 victimes et 8 morts.

61 attaques d’infrastructures (écoles, hôpitaux, maisons de commerce et d’habitation), faisant 142 victimes. 12 cas de justice populaire, traduisant la méfiance croissante de la population envers les institutions judiciaires

Les principaux responsables identifiés incluent :

Les ADF, impliqués dans 62 incidents.

Les bandits armés, auteurs de 33 attaques.

Certains éléments des Forces armées de la RDC (FARDC) et de la Police nationale congolaise (PNC), accusés de violations des droits humains.

Le tableau des incidents montre que les attaques ciblant les infrastructures médicales, scolaires et économiques représentent 20,33 % des actes de violence, suivies par les vols à main armée (15,66 %) et les assassinats (10,33 %).

Les entraves à la documentation et aux interventions

Le rapport de monitoring annuel des incidents sécuritaires, 2024 du Forum de Paix, met également en lumière les difficultés rencontrées pour recueillir des informations fiables sur le terrain. Les Comités Locaux de Protection (CLP), qui documentent les violations des droits humains, ont été confrontés à plusieurs obstacles :

L’accès restreint aux zones à haut risque, limitant la couverture des incidents. Le manque de ressources financières pour mener des enquêtes approfondies. La peur des représailles de la part des groupes armés ou de certaines forces de sécurité. Ces entraves expliquent pourquoi certaines violations graves n’ont pas pu être vérifiées ni incluses dans le rapport, ce qui suggère que la situation pourrait être encore plus alarmante que les chiffres ne l’indiquent.

Vers une amélioration de la situation de Beni insécurité ?

Si des mesures ont été prises pour contenir l’insécurité à Beni, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir une meilleure protection des civils et un suivi efficace des incidents. Ainsi le Forum de Paix a recommandé :

Au commandant des opérations Sokol 1 :

  • D’organiser des patrouilles de combat et nocturne en Ville et Territoire de Beni afin de dissuader l’activisme des ADF ;
  • Contrôler de manière régulière les armes à feu et munitions de guerre en possession des militaires qui habitent dans des quartiers avec les populations.

Au chef d’Etat-major Général des FARDC :

  • D’affecter des nouvelles unités récemment formées en territoire de Beni, afin de prêter main forte aux unités qui combattent les ADF dans la région ;
  • D’améliorer les conditions de vie des militaires dans la région de Beni, car ils sont souvent accusés dans des différents cas des violations des droit Humains et vols à mains armées ;

À la force combattante de la Monusco :

  • De placer des positions militaires(FIB) en profondeur dans le territoire de Beni afin de protéger les populations civiles à risques d’attaques des groupes armés notamment dans le secteur de Beni-Mbau, le groupement Basongora en Secteur de Ruwenzori ainsi que le groupement Malio dans la chefferie des Bashu.

À la population civile :

  • De s’abstenir à la pratique de justice populaire ;
  • De continuer à collaborer avec les services de sécurité et les autorités étatiques de base !crédibles.

Le rapport du Forum de Paix met en exergue une situation sécuritaire dégradée à Beni, où les attaques des ADF et les violences urbaines continuent de semer la terreur. Malgré des réponses des autorités, la majorité des incidents restent impunis, fragilisant encore davantage la confiance des populations.

Pour espérer un retour à la stabilité, une approche intégrée et coordonnée entre l’État, les forces de sécurité, la société civile et les partenaires internationaux est essentielle. L’avenir de Beni dépendra de la capacité des acteurs impliqués à mettre en œuvre des solutions durables et adaptées aux réalités du terrain.

Le contexte de Beni reste alarmant, et l’inaction ne ferait qu’aggraver la situation. Il est impératif que les engagements pris par les autorités lors des prises de leurs fonctions, se traduisent en actions concrètes, afin de restaurer un climat de paix et de permettre à la population de retrouver une vie normale. Cliquez dans le lien ci-dessous pour la lecture intégrale du rapport de monitoring annuel des incidents sécuritaires, 2024 du Forum de Paix!!!

Ouverture de la 20ème Session de GREAT LAKES PEACEBUILDING INITIATIVE (GLPI)

Ouverture de la 20ème Session de GREAT LAKES PEACEBUILDING INITIATIVE (GLPI)

La ville de Gitega a vibré au rythme de l’ouverture de la 20ème session de la GREAT LAKES PEACEBUILDING INITIATIVE (GLPI) ce lundi 07 octobre 2024. Cet événement emblématique s’inscrit dans un programme annuel de formations, conçu pour renforcer les capacités des acteurs humanitaires et des intervenants en matière de paix et de développement dans la dynamique région des Grands Lacs au départ, mais déjà ouvert tout celui qui réunit les conditions de participation.

Cette année, la session a rassemblé une quarantaine des participants venus de la R.D Congo, du Burkina-Faso, du Tchad, du Kenya, du Rwanda, de la République Démocratique du Congo, du Burundi, ainsi que d’autres nationalités qui se joindront progressivement au fil du mois d’octobre 2024. L’objectif fondamental de ces formations est d’encourager le partage de connaissances et d’expériences, tout en optimisant l’efficacité des interventions humanitaires et de paix.

Au cours de cette première semaine, les participants ont été stratégiquement répartis en deux groupes thématiques. Le premier groupe se concentre sur le développement communautaire et organisationnel, mettant en évidence la conception de projets et la mobilisation de fonds. Le second groupe, quant à lui, se penche sur la consolidation de la paix, en analysant les défis spécifiques auxquels sont confrontés les pays africains ainsi que la communauté internationale.

Le forum de paix est honoré cette semaine par la présence du Collège Alphonse Vikongo du département de la communication, tandis que l’administratrice Sylvie Mwiru interviendra lors de la deuxième semaine de formation.

Cette initiative constitue une étape incontournable pour promouvoir la paix durable et le développement dans la région des Grands Lacs. En renforçant les capacités des acteurs locaux et en favorisant des pratiques de collaboration efficaces, elle ouvre la voie à un avenir meilleur. Les échanges qui se dérouleront durant ces sessions permettront non seulement d’enrichir les compétences des participants, mais aussi de favoriser un dialogue constructif sur les enjeux contemporains liés à la paix, à la sécurité et au développement durable.

L’événement a été officiellement ouvert par le représentant du gouverneur de Gitega, qui a souligné l’importance de la participation active de tous les acteurs pour le bénéfice de la paix et du développement dans les pays des Grands Lacs et au-delà. C’est un appel vibrant à l’engagement collectif pour un avenir pacifique et prospère.

Alphonse