La ville de Beni a accueilli du 28 au 30 mai 2026 un important atelier de formation consacré à la prise en charge psychosociale des personnes affectées par les conflits armés. Organisée par la Synergie des Femmes pour les Victimes des Violences Sexuelles (SFVS), en partenariat avec le Programme d’Assistance Ouvert aux Nécessiteux (PASSION), cette initiative a réuni vingt-cinq leaders communautaires issus de la ville et du territoire de Beni.
Les participants provenaient notamment des zones de santé de Beni, Oicha, Mabalako, Kalunguta et Mutwanga. L’objectif principal de cette formation était de renforcer leurs capacités dans l’accompagnement des survivantes de violences sexuelles, des personnes déplacées ainsi que des femmes ex-otages des ADF revenant dans leurs communautés avec leurs enfants.
Dans un contexte marqué par des années de violences armées, les organisateurs ont insisté sur l’importance de construire des communautés capables d’accueillir, d’écouter et de soutenir les victimes plutôt que de les rejeter ou de les stigmatiser.
Lutter contre la stigmatisation des femmes ex-otages des groupes armés
L’un des principaux enjeux abordés durant la formation concernait la réintégration des femmes ayant vécu en captivité au sein des groupes armés. De nombreuses survivantes retournent dans leurs villages avec des enfants nés durant leur période de détention ou alors avec des grossesses issues des violences subies.
Selon Mme Fataki Vira Josée, psychologue au sein de la structure Femmes Engagées Pour la Santé Intégrale (FEPSI) de Butembo et formatrice lors de l’atelier, il est essentiel de préparer les communautés à accueillir ces femmes avec dignité.
« Cette formation avait pour objectif d’outiller les assistants psychosociaux qui sont sur terrain sur comment se tenir devant les victimes de violences sexuelles, les ex-otages des ADF femmes qui reviennent dans les communautés avec des enfants ou des grossesses, comment les recevoir, faciliter leur intégration et leur acceptation au sein des communautés », a-t-elle expliqué.
La psychologue a également salué la participation active des bénéficiaires, estimant que leur engagement constitue un signe encourageant pour la mise en pratique des connaissances acquises dans les différentes zones de santé concernées.
Des leaders engagés pour le changement des mentalités
Au terme de la formation, plusieurs participants se sont engagés à devenir des relais communautaires en matière de sensibilisation et d’assistance psychosociale.
Présidente des femmes musulmanes du village de Mavivi, Masika Liati a souligné l’importance de développer des mécanismes communautaires de soutien aux personnes vulnérables.
« Je viens d’apprendre beaucoup en matière d’assistance psychosociale. A mon retour, je vais prendre contact avec les autorités politico-administratives et sanitaires afin que nous ayons un programme commun de sensibilisation sur l’assistance à tous les nécessiteux, surtout dans notre zone qui accueille de nombreux déplacés, notamment des femmes enceintes et allaitantes », a-t-elle déclaré.
Pour Kasereka Dewayo Vuyiri, modérateur au sein de l’ECC à Beni, la formation représente une opportunité de promouvoir davantage la compassion et la solidarité dans les communautés.
« Je vais sensibiliser tous mes proches sur un accueil digne de toute personne qui se présente avec un besoin en assistance psychosociale. Les victimes des violences sexuelles et basées sur le genre ainsi que les ex-otages des ADF doivent être écoutés, assistés et orientés vers des acteurs plus compétents lorsque cela est nécessaire », a-t-il affirmé.
Prévenir l’exclusion sociale et protéger les plus vulnérables
Les échanges ont également mis en lumière les conséquences de la marginalisation des survivantes de violences sexuelles. Le rejet familial et communautaire expose souvent ces femmes à de nouveaux risques, notamment la pauvreté, l’isolement ou encore des décisions désespérées liées à leur grossesse.
Chef d’avenue au quartier Cité-Belge en ville de Beni, Mwatatu Mangelembo estime que les connaissances acquises permettront d’améliorer la protection communautaire.
« Nous avons été outillés sur la manière d’accueillir les femmes victimes des atrocités qui reviennent parfois avec des enfants ou des grossesses. Beaucoup se retrouvent sans soutien familial ni conjugal. Il est donc nécessaire de les accompagner et de leur offrir une écoute bienveillante afin de prévenir des situations dramatiques », a-t-elle expliqué.
Les participants ont ainsi été encouragés à promouvoir des messages d’acceptation, de tolérance et de respect de la dignité humaine dans leurs communautés respectives.
Une stratégie de multiplication des connaissances
Selon Mme Faila Kataliko, coordonnatrice de PASSION, les bénéficiaires de la formation auront la responsabilité de restituer les connaissances acquises aux autres acteurs communautaires n’ayant pas participé à l’atelier.
Cette approche vise à élargir progressivement l’impact de la formation à l’ensemble des entités concernées. Elle a également annoncé la mise en place prochaine d’une plateforme numérique destinée à faciliter le partage d’expériences, d’informations et de bonnes pratiques entre les acteurs communautaires engagés dans l’assistance psychosociale.
Renforcer la cohésion sociale pour une paix durable
A travers cette initiative, la SFVS et PASSION entendent contribuer à la reconstruction du tissu social dans les zones affectées par les conflits armés. En favorisant l’acceptation des survivantes, la réintégration des ex-otages et la protection des personnes vulnérables, les organisations partenaires participent à la lutte contre la stigmatisation et à la prévention des fractures sociales.
Les organisateurs poursuivent également leurs efforts de plaidoyer afin d’obtenir des soutiens financiers permettant d’étendre ces actions à d’autres communautés. Leur ambition est de renforcer durablement la résilience locale, promouvoir la cohésion sociale et créer un environnement où chaque victime peut retrouver sa place au sein de la société.
Dans une région longtemps marquée par les violences et les déplacements forcés, l’acceptation communautaire apparaît aujourd’hui comme l’un des piliers essentiels de la guérison individuelle et de la construction d’une paix durable.
En ville de Beni, le Collectif des Femmes pour le Développement Intégral et la Consolidation de la Paix (COFEDIP) a officiellement lancé une activité de fabrication de savons liquides destinée à promouvoir l’autonomisation économique des femmes et à renforcer la prévention sanitaire au sein des communautés locales.
Cette initiative communautaire a été présentée lors d’une audience accordée au service de communication du Forum de Paix à mi-mai 2026. A travers ce projet, le COFEDIP ambitionne de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des femmes tout en participant activement à la lutte contre les maladies infectieuses, notamment Ebola, qui demeure une menace sanitaire dans plusieurs zones du Nord-Kivu.
Le COFEDIP mise sur l’autonomisation économique des femmes
Devant ses hôtes, Madame KATUNGU NDUNGO INGRID, chargée de communication du COFEDIP, a expliqué que ce projet répond à des objectifs sociaux, économiques et sanitaires.
Selon elle, la fabrication locale des savons liquides permettra aux femmes d’acquérir des compétences pratiques, de développer des activités génératrices de revenus et de participer à la protection de la santé communautaire.
« Cette activité rentre dans le cadre de la valorisation de l’autonomisation de la femme ainsi que de la prévention contre différentes maladies dans notre région, notamment l’épidémie d’Ebola. Nous voulons voir les femmes devenir actrices de leur propre développement tout en participant activement à la protection de la santé des communautés », a déclaré Madame KATUNGU NDUNGO INGRID.
Elle a également souligné que plusieurs ménages de Beni éprouvent encore des difficultés pour accéder régulièrement aux produits d’hygiène et de désinfection en raison des contraintes économiques persistantes.
Dans un contexte marqué par les déplacements de populations, l’insécurité et les risques sanitaires permanents, le COFEDIP estime que l’accès aux produits d’hygiène constitue aujourd’hui un élément essentiel pour prévenir les maladies contagieuses.
Des savons liquides accessibles aux familles de Beni
Les responsables du collectif ont indiqué que les savons fabriqués localement seront progressivement distribués dans plusieurs quartiers de la ville de Beni ainsi que dans certaines zones périphériques.
Une attention particulière sera accordée aux ménages vulnérables afin de faciliter l’accès aux produits d’hygiène essentiels pour le lavage des mains et l’assainissement des foyers.
« Nous rassurons la population que ce produit sera accessible à un prix taillé au niveau des capacités de tous les ménages. Notre souci principal est de permettre à chaque famille d’avoir accès à un savon de qualité pour contribuer à la prévention des maladies et au maintien de l’hygiène », a insisté Madame KATUNGU NDUNGO INGRID.
Le COFEDIP précise que cette initiative ne poursuit pas uniquement un objectif commercial. Le collectif veut surtout répondre à un besoin communautaire croissant en matière d’hygiène et de prévention sanitaire.
COFEDIP veut renforcer la sensibilisation communautaire sur la prévention contre EBOLA
Au-delà de l’aspect économique, le COFEDIP entend intensifier les campagnes de sensibilisation sur les bonnes pratiques d’hygiène à Beni. Le collectif souhaite notamment promouvoir :
Le lavage régulier des mains ;
L’assainissement des ménages ;
’utilisation des produits désinfectants ;
La prévention des maladies infectieuses dans les lieux publics et privés.
Pour cette organisation féminine, la prévention communautaire demeure l’un des moyens les plus efficaces pour limiter la propagation des épidémies dans la région de Beni et dans l’ensemble du Nord-Kivu.
Le COFEDIP confirme son engagement pour la paix et le développement local
A travers cette initiative de fabrication de savons liquides, le Collectif des Femmes pour le Développement Intégral et la Consolidation de la Paix confirme son engagement en faveur de la promotion des droits de la femme et de l’enfant, de la santé communautaire ainsi que du développement durable.
En tant qu’organisation membre du Forum de Paix, le COFEDIP entend poursuivre son accompagnement des communautés locales à travers des actions favorisant la cohésion sociale, la résilience communautaire et l’autonomisation des femmes.
Dans un environnement marqué par plusieurs défis sécuritaires, sanitaires et économiques, cette structure espère que ce projet lancé sur son fonds propre, contribuera durablement à renforcer la résilience des ménages et à promouvoir une culture d’hygiène responsable au sein des communautés de Beni.
A l’occasion de la clôture du mois dédié à la jeune fille, l’organisation One Girl, One Leader (OGOL/RDC) a organisé une réunion significative à Beni, rassemblant plus de trente jeunes filles représentant chacun des trente quartiers de la ville jeudi 31 octobre 2024. Cet événement avait pour objectif de renforcer leurs compétences en matière de prévention et de réponse aux abus et violences sexuelles basées sur le genre (SGBV), ainsi qu’à l’exploitation et aux abus sexuels ainsi que le harcèlement sexuel (PSEA/H). Cette initiative s’inscrit dans les efforts continus de lutte contre les violences et l’exploitation faites aux jeunes filles et aux femmes dans la communauté.
Des participantes engagées et formées pour devenir actrices de changement
Ces jeunes filles, identifiées comme les points focaux de l’OGOL dans leurs quartiers respectifs, sont au cœur de cette initiative. En tant que points de relais, leur rôle principal est de détecter, rapporter, et alerter la communauté et l’organisation sur les cas de SGBV, contribuant ainsi à la prévention et à la réponse efficace face à ces violences. Ce rôle est essentiel, non seulement pour protéger les victimes, mais également pour sensibiliser les communautés aux effets néfastes des violences basées sur le genre et pour encourager des comportements protecteurs et respectueux envers les jeunes filles et les femmes.
Soutien de l’organisation PAEV
La formation a été rendue possible grâce au soutien financier de l’organisation Programme d’Approvisionnement en Eau pour les Villages (PAEV en sigle), qui a contribué à la réalisation de cette activité. Madame Espérance Kazi, coordinatrice de l’OGOL une organisation membre du Forum de Paix, a souligné l’importance de la résolution 1325 des Nations Unies, un texte fondamental qui a été adopté à l’unanimité le 31 octobre 2002 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies dans sa 4213e séance, qui concerne le droit des femmes, la paix et la sécurité. Elle se situe dans la continuité des résolutions 1261, 1296 et 1314 qui ont fait l’objet d’un rappel durant la séance et aborde les thèmes de la représentation des femmes dans les organismes de résolution des conflits et lors des processus de paix, la condition féminine durant le rapatriement et le déplacement de populations, ainsi que celui de la rééducation et de la réinsertion des femmes et jeunes filles consécutives à un conflit armé.
C’est le premier document formel et légal issu du Conseil de sécurité qui impose aux différentes parties d’un conflit de respecter le droit des femmes et de soutenir leur participation aux négociations de paix et à la reconstruction post-conflit. La résolution a été initiée par Netumbo Nandi-Ndaitwah, alors ministre des Affaires féminines de la Namibie lors de la présidence de ce pays du Conseil de sécurité. Après le lobbying de nombreuses organisations féministes et du Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM), la résolution est adoptée à l’unanimité.
Cette résolution incite également les États et les communautés internationales à prendre des mesures pour protéger les femmes et les jeunes filles dans les contextes de violence et de conflit.
Une mobilisation pour le changement et la paix dans la communauté
Les participantes sont désormais mieux équipées pour agir contre les abus et soutenir les victimes dans leurs quartiers respectifs. Ce renforcement des capacités des jeunes filles est un pas vers un changement positif et durable, permettant à chaque point focal de devenir une actrice influente pour la paix et la sécurité au sein de la communauté.
Ce genre d’initiative, qui allie la sensibilisation et les actions concrètes, est crucial pour endiguer les violences basées sur le genre. La formation des jeunes filles pour devenir les gardiennes de leurs quartiers marque un engagement fort de la part de l’OGOL et de ses partenaires, qui voient en elles non seulement des leaders en devenir, mais aussi des porteuses d’espoir pour une société plus équitable et sans violence.